Nos pattes agonisent !

22 février 2016

Carnet de Bord

L’aventure reprend enfin, et on peut dire qu’on a eu droit a notre dose de peripeties pendant ce premier mois en Amerique du Sud ! Attention, article long !

Le trajet Perth – Punta Arenas s’est deroule sans souci ni pour nous ni pour le matos, mais ces 3 jours de vols, d’escales, de nuits dans les aeroports, les decalages horaires etc. ont ete quand meme mieux supportes par le matos que par les pedaleurs. C’est donc eclates qu’on arrive sur ce nouveau continent, et on continue sur notre lancee en prenant une serie de bus jusqu’a El Chalten en Argentine : les parents de Tania arrivent le 14 fevrier 2000 km plus loin a San Carlos de Bariloche, on n’a pas le temps de tout faire a velo meme avec nos mollets d’acier. Premiers kilometres Patagoniens parcourus en bus donc, mais sans regret car on « rate » des centaines de kilometres de plat, avec vent de face dans un paysage desertique. Ca roule.

L’aventure Patagonienne commence pour de vrai a El Chalten, ou on monte nos velos et passe une nuit chez Flo et sa Casa de Ciclistas. Rien de tel pour se replonger dans ce monde qu’est la Route que d’en rencontrer d’autres habitants. On « echange » des infos (on n’a pas grand chose sur nous m’enfin!) avec d’autres cyclistes venus du Nord, et on sait deja que ca va commencer par du lourd ! du tres lourd… Le passage entre El Chalten et Villa O’Higgins n’est  pas une route. On n’y passe qu’a pied ou a cheval, mais nous on n’a que les pieds. On nous parle deja d’une « aventure dans l’aventure » !  D’abord il y a 40km de piste caillouteuse mais roulable pour arriver au premier lac : El Lago del Desierto. Premier bateau. Paysages fantastiques et vue sur le celebre Mont Fitz Roy : on ne peut demander mieux pour un redemarrage ! C’est de l’autre cote du lac que « l’aventure dans l’aventure » commence. Les 6 km qui menent au col (aussi frontiere Argentine – Chili) se font via un petit sentier de rando qui lui pour le coup est loin, tres loin d’etre roulable. Ca commence par du poussage de velo sur pente tres raide agrementee de cailloux, ca continue en un goulet etroit creuse dans le sol. La, sur environ 2km on ne peut pas passer avec nos velos a cause des sacoches : trop etroit. Il faut faire le chemin en 2 fois, d’abord avec le velo puis avec les bagages ou inversement ! En montant encore un peu on arrive dans une foret sur un sentier cahotique plein de racines ou l’on porte le velo autant qu’on le pousse… Il y a la-haut quelques cours d’eau a passer, mais rien de bien mechant. Ensuite il y a un passage rigolo dans la boue ^^ (voir photos), puis re de la foret, re des racines et hop ! on arrive au col ! 6h pour 6km. Un record. Il reste ensuite 15 bornes sur chemin pourri mais roulable, assez vallonne puis en descente tranquille vers le deuxieme lac, un paysage magnifique, et on arrive enfin au poste frontiere chilien.
Partis de bonne heure le matin, arrivons bien eclates mais avec soulagement vers 17h au poste frontalier et donnons passeports. La, s’entendons dire que nous avons oublie de faire tamponner nos passeports au poste frontalier argentin. En fait n’avons jamais vu le poste frontalier argentin. N’avons pas le tampon de sortie d’Argentine. N’entrerons pas au Chili. Devons retourner sur nos pas pour aller chercher ce foutu tampon … au premier lac. La ou etions ce matin… Se tapons la tete contre le mur.

Le sauveur de la situation s’appelle Don Ricardo, il est ne ici et represente a lui seul environ 10% de la population locale. Ici il sait tout, il fait la pluie et le beau temps, et surtout, il est le seul a monter les 15 km jusqu’au col en voiture tous les soirs et a en redescendre tous les matins, car il vit la-haut. C’est aussi lui qui emmene gens et marchandises a cheval jusqu’a l’autre poste frontalier. On arrive a le trouver, on lui explique le probleme et on decouvre qu’il est extremement sympathique. Il accepte de nous emmener le soir-meme au col, de la, Tania et moi refaisons les 6km en sens inverse en courrant, puis faisons tamponner les passeports (a noter que rien ne signale que cette barraque pourrie est un poste frontiere, et que plus d’un se sont fait avoir) avant de re-remonter les 6km jusqu’au col et d’aller 3km plus loin poser la tente chez Don Ricardo, juste a la tombee de la nuit (22h ici). Il nous accueille avec un bon feu, du vin et un enorme bout de barbaque (tant pis pour Tania !). On tombe de fatigue apres cette aventure dans l’aventure dans l’aventure. Le lendemain il nous redescend au poste frontiere, puis une fois que tout est bien en regle on part poser la tente au bord du lac (sur le terrain que Don Ricardo met gratuitement a disposition des voyageurs) pour attendre le prochain bateau pour Villa O’Higgins, qui passe de temps en temps en fonction des conditions meteo, et que certains ont attendu 5 jours juste avant nous… Personne ne sait vraiment quand arrivera la prochain bateau, personne sauf … Don Ricardo.

Le lendemain, on part pour Villa O’Higgins a bord du Lorenzo. Top depart de la Carreterra Austral, route celebre notament chez les cyclos : on en croisera une bonne dizaine chaque jour ! Du jamais vu. Et la on en prend plein les yeux et plein les jambes ! On a beaucoup de chance sur la meteo : sur cette route celebre aussi pour sa pluie, on a un bon gros Soleil de 6h a 22h. De quoi faire de belles journees. Sur cette premiere semaine, je peux dire que cette route est une des plus belles que j’aie eu l’occasion et la chance d’admirer. On roule entoures de verdure, de cascades, de montagnes, de lacs et de rivieres d’un bleu incroyable. Le tout dans des conditions tres calmes, tres peu de traffic, et on a meme commence par 4 jours sans croise le moindre village. Par contre ca se merite : a cote de ca nos pattes agonisent ! La route est de graviers et cailloux plus ou moins gros, et il y a aussi des passages de « tole ondulee » : une horreur pour rouler ! On se fait bien tabasser et on arrive a peine a 10km/h en moyenne sur la journee. Niveau denivele, on se tape de belles grimpettes, et on a rarement du vrai plat mais je m’attendais a pire. C’est vraiment plus la qualite de la route qui pose probleme !
Un peu plus loin, au nord de Cochrane, alors qu’on admire tranquillement le paysage depuis un pont, un cyclo (encore un…) vient vers nous, porteur d’un message ! Il y a un autre cyclo (encore!!!), blong, avec une guitare qui nous attend a une douzaine de bornes !!! Message bien recu Paul ! On arrive ! En un temps record, 12 bornes sont parcourues et 2 potes se retrouvent. Beaucoup d’histoires sont racontees autour de vin chilien et … d’une bonne platree de pate (faut pas deconner non plus). C’est le debut du voyage a trois !

La qualite de la route s’ameliore a mesure qu’on remonte vers le Nord, et je retrouve avec plaisir mon grand plateau, comme un vieil ami oublie. On se dirige tranquillement tous les 3 vers Puerto Rio Tranquillo ou on compte prendre un bus pour s’avancer un peu vers Bariloche (j-9 avant arrivee des Serrazina) et passer une portion de route qui parait-il est moins interessante. 4 bus passent par ici tous les jours, et on se rend compte a nos depends que tous arrivent ici deja pleins ! On tente alors de faire du stop, comme une bonne vingtaine d’aures voyageurs de tous horizons, a la difference qu’on a 3 velos charges a bloc… situation difficile. Apres quelques heures d’attente, on commence a desesperer et c’est la qu’arrive Alex et son camion, comme un deus ex machina. Il prend litteralement tout le monde dans sa benne !!! On fait donc la route vers Coyhaique en compagnie d’une bonne troupette d’environ 25 voyageurs serres les uns contre les autres, et contre sacs-a-dos et velos. On arrive a Cohayque le soir meme. Merci Alex !

On repart en savourant le bonheur de rouler sur de l’aphalte, sur 6km… ensuite on retrouve le bon vieux « ripio » (route de cailloux/graviers) sur une bonne cinquantaine de bornes. Caillouteuse mais bonne, la route se laisse tranquillement rouler et le paysage se laisse admirer sans resistance : le pied. On retrouve l’apshalte un peu plus loin et tout va bien jusqu’a ce que Tania pete le crochet qui suspend son derailleur…piece imbricolable sur la route et difficile a trouver : il va falloir qu’elle prenne le bus jusqu’a Bariloche. Paul et moi repartons donc seuls de Villa Manihuales. 50 bornes plus loin des types en voiture s’arretent a notre niveau pour nous annoncer qu’une fille est a nos trousses, une trentaine de bornes derriere ! Et elle pedale ! En bref, Tania n’a pas pu prendre le bus (plein) et en essayant de faire du stop a croise un cycliste qui se trouvait etre un Chilien qui tient un magasin de velos a Santiago et qui avait sur lui quelques crochets de derailleurs universels en rabe (pieces pour reparations temporaires)… et apres avoir demonte,detordu,remonte le derailleur, repare la chaine et tout nettoye tout huile, il a laisse sa carte et Tania a pu repartir sur la route ! Merci la chance.

Alors qu’on pensait enfin pouvoir passer une journee de velo « normale », en arrivant sur Puyuhuapi Paul sent son velo devenir etrangement flexible. En y regardant de plus pres on decouvre que son cadre s’est fendu ! Rebelote a essayer de prendre un bus. Rebelote, le bus est complet. On essaye de trouver un mecano qui pourrait souder le cadre, sans succes. Par contre,l’un d’eux peut nous conduire moyennant finance jusqu’a la prochaine ville, La Junta, ou on aura plus de chances de trouver un soudeur. On monte a trois dans son pick-up, puis on trouve effectivement un soudeur a La Junta. Tania decide de prendre un bus d’ici pour Bariloche (j-3 et 500 bornes restantes) le lendemain matin. Et bah devinez quoi, le bus est deja plein et a 1 place pres Tania ne peut pas monter dedans. Solution d’urgence, payer 10 fois le prix pour prendre un pick-up. M’enfin apres quelques autres peripeties, un peu de velo, d’autostop et de bus elle arrivera juste a temps pour acueillir ses parents. La morale, c’est qu’il faut arreter d’essayer de prendre le bus sur la Carreterra Austral ! En cette saison et particulierement cette annee, les touristes viennent en masse et les transports sont satures. Les gens se replient donc sur le stop, en masse aussi, et tout au long de la route on voit des dizaines, des centaines de pouces-en-l’air… on est bien mieux aaaa bicycleeeeeetteeuh !

Pendant ce temps, Paul et moi reprenons la route, vraiment a deux cette fois et sous une pluie battante vers Villa Santa Lucia. La nos chemins se separent car il veut rester du cote chilien et se diriger vers Santiago, alors que Tania et moi nous retrouvons a Bariloche, puis prefererons rester loin des grandes villes et rouler du cote argentin. A la revoyure donc, probablement plus au Nord pres de Mendoza. Je me retrouve alors seul sur le chemin de Futateufu et la frontiere argentine. Apres 2 jours de route je depasse Esquel et attaque une portion de 130km de desert. C’est beau, c’est plat, c’est facile, apaisant meme. Je rencontre Martin Rodriguez qui, parti il y a 4 mois d’Ushuaia, remonte toute l’Argentine en courant ! Il pousse un drole de chariot qui parait assez lourd. Chapeau. Puis, dans ce paysage qui me rappelle les steppes de Russie, je retrouve mon pire ennemi. Il se leve pendant la nuit, puis il s’accroit petit a petit, il est mechant, invisible, infatigable, inevitable… je reconnais cette meme force qui m’avait terrasse en Russie puis au Tadjikistan. Un violent vent de face…
Pendant des heures je lutte, mets toutes mes forces pour aller de l’avant. Je roule sur le petit plateau meme sur du plat. Mais je me bats. Puis je passe egalement le plus grand pignon. Puis je perds le combat et pousse, tout petit au milieu de cet immense espace et domine par une puissance qui me depasse (oh…).
Et c’est la qu’arrivent Diego et Corjelina dans leur Jeep jaune de 1958 =) On arnache le velo sur le toit et hop c’est parti pour les 60km les plus faciles de ma vie en bonne compagnie ! Je leur laisse un fromage pour les remercier, ils me passent en retour une bouteille d’un alcool argentin (Fernet Branca) qui sera goutee peu apres ^^. La vie est belle et j’arrive 2 jours plus tard a Bariloche ou je laisse mes affaires et mon velo et prend un bus pour rejoindre les Serrazina a Villa la Angostura, ou Jorge et Celia courrent « La Mision », une course de 160km en autonomie dans la montagne, 8ooom de denivele…du tres lourd !

Voila pour notre premier mois chez les Sudistes Americains. Je n’en ai pas parle mais il faut quand meme souligner que les gens d’ici ont ete jusqu’a maintenant vraiment tres sympas et acueillants avec nous, tres « buena onda » comme on dit ici ! C’est une autre tres bonne surprise de la Patagonie. On doit beaucoup aux coups de mains qui nous ont ete donnes. Et niveau bouffe, on trouve du pain et du fromage, des pates et quelques fruits et legumes. Bien mieux que l’Asie donc, il n’y a pas de quoi se plaindre a ce niveau la. Depuis quelques temps on mange aussi pas mal de graines de chia, pas cher (ici) et tres energetique, plein de bonnes choses, a recommander a tous les sportifs. Le cout de la vie est assez eleve, un peu plus bas mais du meme ordre de grandeur qu’en France.

Retour sur la selle d’ici une bonne semaine, apres le depart des parents de Tania.

Bon vent !

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2 Réponses à “Nos pattes agonisent !”

  1. Evar Dit :

    Un nouveau continent à explorer :) Bon courage, amusez vous bien !

    Répondre

  2. Keuj Dit :

    Ça va au niveau paysages vous ne vous ennuyez pas trop ! :)
    Bonne route !

    Répondre

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