Ah ! Ma zone !

1 septembre 2016

Carnet de Bord

Nous voila redescendus de nos montagnes et meme si ici ca s´appelle « Perou », on est veritablement ailleurs :

Apres les 2 semaines de « vacances dans le voyage »  on repart de Cuzco en collectivo pour ne pas se taper la circulation. Au final presque tout le trajet sera en descente … et apres Curahuasi, on reprend les velos et recommence a grimper… On rejoint Abancay apres une bonne grosse descente, on passe de 4000m a 1800m (2h de plaisir pur) , puis on remonte a 4100m (2 jours de grimpette dure) et grosso modo on va recommencer 2 fois ca avant d´arriver a Andahuaylas. Ici pas de compromis, c´est grosse montee puis grosse descente, autant dire qu´on passe quasiment tout notre temps dans des cotes ! On commence a se rendre compte qu´a ce rythme, et vu le nombre de jours restant sur le visa, on doit reprendre un transport si on veut pouvoir profiter de l´Amazonie sans se presser. On fait donc 250km et 2 gros cols en minibus pour rejoindre Ayacucho, sans regret car niveau paysage ca changeait pas beaucoup de d´habitude ! Tout est pierre et herbe rase, seuls quelques vigognes et lamas viennent animer un peu ces montagnes desolees.

On retrouve ensuite une topographie beaucoup plus appreciable pour des pedaleurs, c´est encore vallonne mais deja plus raisonnable et on redecouvre le plaisir de « rouler » : on avait presque oublie que non, faire du velo ce n´est pas QUE en chier dans une grosse cote ! Un peu plus loin on rejoint une vallee et sa riviere, qu´on va remonter pendant les quelques prochaines journees. On est presque comme dans des gorges, la route est vallonnee mais tranquille et tellement etroite que 2 voitures doivent souvent manoeuvrer pour pouvoir se croiser. On profite d´etre de retour en mode « balade a velo » plutot qu´en mode « mythe de Sisyphe ». On est pas mal descendu donc il fait bon, les nuits de camping sont plus agreables dans ces conditions moins extremes et on profite a nouveau du plaisir de regarder le Soleil se coucher au bord d´une riviere qui glougloute. Un midi on s´arrete manger dans une petite auberge et on voit un autre velo gare devant : c´est celui de Paul, un collegue Allemand. Lui a fait toute la route a velo depuis Cuzco sans tricher. On le trouve la, completement eclate et a cours de temps pour rejoindre Lima ! Il cherche a prendre un transport des que possible mais bon on n´est pas vraiment sur une autoroute donc il faut prendre ce qu´il y a. Et ce jour la il y avait un chauffeur de camion bourre qui sortait de l´auberge en titubant… Paul a du prendre ce qu´il y avait ! On lui a souhaite bonne chance alors qu´il charge son velo a l´arriere du camion bleu et on repart remontant cette belle vallee. Apres La Esmeralda on attaque une portion bien raide de route pourrie et a flanc de falaises vertigineuses. La route est tres sinueuse et pensant a Paul, on espere ne pas apercevoir de camion bleu la tout en bas ! Les paysages ont deja pas mal change par rapports aux derniers mois en altitude : ici c´est deja plus vert, les montagnes sont moins raides et il semble y avoir plus de vie. Les gens du coin sont vraiment super cools, ils nous offrent souvent a manger et a boire et aiment bien discuter et rigoler. A Izcuchaca (a vos souhaits) on rencontre un autre cylo, un Canadien qui se presente comme « 11ans, 54 pays,  112 000km », attable a une gargotte. Comme on va dans la meme direction et qu´on aura surement des choses a se dire, on l´invite a nous rejoindre dans un cafe des qu´il aura fini son repas. Au final il nous snobbe completement et file a l´anglaise, je ne saurai meme pas son nom ! On lui souhaite bien des kilometres.

On grimpe ensuite jusqu´a Huancayo, y reste quelques jours a recharger les batteries puis on attaque notre dernier gros col (4100m) avec un bon vent dans nos faces. Et la … tadaaaaaaaa !!! La plus grosse descente du voyage !!! Toute un journee a devaler sans pedaler, la redescente des Andes ou on etait depuis plusieurs mois a travers Bolivie et Perou, depuis les longues grimpettes du Nord de l´Argentine. On part de la-haut sans un vent glacial, couverts de la tete aux pieds et au fur et a mesure l´air devient moins froid et on enleve des couches. La vegetation s´epaissit, la faune devient plus bruyante et la flore plus coloree. La transition est extraordinaire. En quelques dizaines de kilometres, on est dans un climat completement different. C´est l´experience la plus proche que j`aie connu d´une teleportation. Arrives a La Merced, a 700m d´altitude, tout le monde est en short + tongues. Il y a des palmiers, bananiers et pleins de plantes tropicales. Les oiseaux aux couleurs vives chantent bizarrement (mais juste). Bref, ca sent la vie a plein nez. Il fait chaud, l´air est plus facile a respirer, c´est un autre Perou qui commence ! On goute des plats regionaux inconnus, des jus de fruits dont ni le nom ni la forme ne nous disent quoi que ce soit. Les gens sont plus types « Indiens » et ont perdu tout signe de la culture Quechua si particuliere a ces montagnes. On a l´impression d´etre revenus en Asie : on transpire tout le temps, on se baigne dans les rivieres, on peut cuisiner au feu, veiller un peu le soir et dormir sans duvet. C´est quand meme plus cool de voyager dans ces conditions ! On continue sous l´averse (mais on s´en fout il fait chaud) avec une ascension de 1000m jusqu´a Villa Rica, ville connue pour le cafe : ils auraient le cafe le plus fin du monde. On s´y arrete boire un petit cafe et bah franchement il est bon, mais pas meilleur que chez Mamie. La route est entouree de jungle, on voit beaucoup d´oiseaux, quelques singes, et des milliers de papillons. Les petits villages sont comme en Asie : des maisons tres simples en planches de bois avec un toit de toles ou de feuilles, a mi-chemin entre dedans et dehors.

Un peu plus loin on redescend dans un vallee, sur une route de ripio bien defoncee on longe le rio Cacazu. Les rares vehicules qu´on voit passer sont soit des moto-taxis, soit des camions, soit des pick-ups dont l´arriere est blinde de gens debouts ! On traverse plusieurs petits cours d´eau. L´eau est fraiche et limpide et on ne rate aucune occasion de se rafraichir un peu ! Apres avoir passe un petit pont de bois, un homme sort de sa cabane en reclamant de l´argent car on est passe sur SON pont. On essaye d´expliquer qu´il n´y avait rien d´ecrit nulle part et qu´on ne pouvait pas savoir mais rien n´y fait, l´homme insiste lourdement pour qu´on le paye ! Plutot que de continuer a discuter, on reprend le pont en sens inverse et re-retraverse directement par la petite riviere a pied en poussant les velos, sous le regard etonne de l´autochtone =)
L ´inconvenient de la jungle, c´est qu´il est tres difficile de trouver un spot ou camper … on est toujours entoures de forets, mais impossible d´y mettre les pieds et encore moins d´y trouver un espace assez grand pour un tente. Ce jour-la, on a laborieusement trouve un spot paridisiaque tout au bout d´un petit sentier. On rejoint alors la riviere et il faut porter les affaires sur une cinquantaine de metres pour trouver un endroit plat pour camper. On est au bord d´une jolie riviere limpide qui glougloute calmement alors qu´on pose la tente sous un arbre au milieu du sable et des cailloux. Petit feu de bois le soir, seuls au monde … a 2h du mat la tempete commence. Averse. Tonnerre. Ca n´en fini pas de tomber ! On commence a se poser la question : « est-ce que la riviere pourrait monter jusqu´a nous ? ». On a 4-5 metres de marge donc ca va, mais on ne dort pas vraiment sur nos 2 oreilles ! Le matin a 8h il pleut encore et l´eau est deja bien montee mais il reste encore une bonne marge quand on commence le petit dej. Et la d´un coup l´eau se met a monter a vue d´oeil ! On entre alors en mode panique et evacuation d´urgence du spot ! On n´avait jamais plie bagages aussi vite. Quand on sort de la tente, l´eau est a 50cm de nous. On commence a faire des allers-retours pour evacuer les affaires et il faut deja traverser des zones immergees pour pouvoir sortir de la… On se rend compte que la tente est sur le dernier endroit non immerge des alentours ! Coup de bol ? En tous cas, on fini de sortir nos velos de la moins de 5 minutes avant que le torrent d´eau boueuse finisse d´engloutir notre spot paradisiaque et la riviere qui glougloute. L´adrenaline peut redescendre, et nous, on peut repartir vers 4 bonnes heures de montee bien raide pleine de caillasses ! On s´arrete dejeuner au milieu, dans un endroit qui s´appelle « Zone riz avec oeuf » en espagnol « zona arroz con huevo » et effectivement on y trouve du riz. La patronne nous confie que c´est la premiere fois qu´elle voit des cyclistes passer par la, et quand on lui dit qu´on vient de France et du Portugal, elle demande si c´est apres Lima … ca flatte notre cote aventurier. On rencontrera tout au long du reste de la route jusqu´a Pucallpa le meme etonnement chez les locaux. Cette petite route secondaire ne semble pas etre empruntee tres souvent par les gringos !

Bref c´est juste apres ce dernier col qu´on aura un veritable choc. A travers la vegetation, on voit du bleu … la ou d´habitude il y a la montagne d´apres, ici il n´y a rien. Un peu plus loin par un trou dans le mur vegetal, on apercoit pour la premiere fois le plat infini et verdoyant de l´Amazonie. Moment plutot emouvant. On peut voir jusqu´a l´horizon pour la premiere fois depuis des mois, et on est sur le dernier rempart des Andes avant la descente finale. D´un plus bas, on peut contempler les montagnes qui se dressent d´un coup comme un mur, frontiere naturelle entre la « sierra » et la « selva ». On dit une derniere fois au revoir aux Andes, la tete pleine de souvenirs vallonnes et les mollets un peu rancuniers. Encore quelques bornes et on rejoint Puerto Bermudez. De la, la route jusqu´a Pucallpa sera plutot monotone. On est sur du ripio pourri de chez pourri plein de cailloux et de boue qui colle aux pneus (il pleut souvent la nuit), la route est en construction donc il y a pas mal de travaux et on doit s´arreter souvent. Et contrairement a ce qu´on pensait, c´est pas plat ! Ca monte-descend pas tres haut certes mais tout le temps. Du coup on n´avance pas tres vite, a peine 60km par jour et a part quelques petits villages de gens curieux et sympathiques, on ne voit que les murs de feuilles et de branches qui bordent la route, et on ecoute chanter les oiseaux. Il fait tres chaud et humide, donc on se sent presque obliges d´aller se gaver des excellents jus de fruits bien frais qu´on peut trouver presque partout et a pas cher =) Le plus souvent on prend ananas, papaye, maracuya, chicha morada, camu-camu, aguaje, cebada ou limonade, mais il y en a tellement de differents qu´on n´a pas encore tout goute ! Je vous rassure desfois il y en a qui sont degueulasses aussi.

Arrives au village qui s´appelle « km 86″, on est a 86 km de Pucallpa et on retrouve une belle route d´aphalte bien plate que c´est un vrai regal de faire du velo dessus. On gagne au change niveau qualite de la route mais on perd niveau ambiance : on est maintenant entoures de champs de palmiers a huile qui s´etendent a perte de vue. Plus(-) de foret, plus(-) d´oiseaux, plus(+) de camions. On se croirait sur Sumatra. A Pucallpa, on croise 4 Argentins a velos qui sont en fait 2 cyclo-guitaristes, 1 cyclo-percussioniste et 1 cyclo-flutiste ! Ils font de la musique dans la rue pour payer leur voyage. Cette nuit la on ira jouer ensemble sur la place principale de la ville, avec les musiciens, jongleurs et autres qui sont les animaux nocturnes de cette jungle-la.
Le port de Pucallpa est etonnant, c´est un veritable marche, et c´est aussi un veritable bordel. On y trouve de tout, et au milieu de tout ca des porteurs portent des charges incroyables et chargent ou dechargent les bateaux. Aucune grue, aucune machine, tout se fait a la main et a la sueur. Dans les bars, les marins sont bourres. C´est ici qu´on montera a bord du « Henry 2″ pour rejoindre Iquitos via 4 jours de voyage sur l´Ucayali puis l ´Amazone (apres 20h de retard au depart). Faute d´etre romantique, cette petite croisiere a ete une experience etonnante et tres riche. Pas de cabine, pas de sieges numerotes, a peine un petit bout de papier pour faire office de ticket et pour avoir droit aux « repas ». Ici il a juste une grande salle semi-ouverte semi-fermee et 4 rangees de barres horizontales placees en hauteur pour y accrocher son hamac. Quand on arrive, on a l´impression que c´est deja blinde mais le gars nous dit qu´il reste encore plein de place ! On se fait un place entre 2 hamacs et 2 tas de bagages et on s´installe. Par la suite ca se remplira encore pas mal et effectivement il y avait selon les criteres peruviens encore beaucoup de place ! A la fin ca devenait difficile d´aller d´un endroit a un autre sans se prendre les pieds dans des valises ou le tete dans des cordes ! Puis la vie de microcosme flottant suis son cours, on passe beaucoup de temps a buller dans le hamac. J´ai pas mal joue aux echecs avec d´autres passagers, j´ai pu ainsi rencontre pas mal de gens differents : un transsexuel agite, un couple qui se rend chez un sorcier, un prof d´echecs, Marcelo, et beaucoup de gamins. On est un peu les uns sur les autres mais ca se passe plutot tres bien, chacun a son hamac pour etre tranquille et on tolere bien les petits desagrements de la promiscuite. Le temps ralentit, on flotte. A 6h30 la soupe, a 12h le riz au poulet et a 16h30 le poulet au riz. Le poulet est par contre bien frais : on l´entend meme chanter tous les matins car la salle des machines est pleines de poules, coqs etc. Le cuisto va chercher ce dont il a besoin tue les betes sur place. Meme pas besoin de congelateur ! Pendant ce temps, les enfants courrent partout et jouent sous les hamacs, les grands passent le temps, et la jungle defile doucement. Ici et la on s´arrete a un village pour echanger des marchandises. Montent a bord les petites vendeuses ambulantes qui vendent en bullant des oranges, bananes, mangues, papayes, pasteques, du poisson, des petits plats et meme des glaces maisons. Y´a de la vie dans ce bateau !

On arrive a Iquitos apres avoir passe 4 bonnes journees a bord. A l´arrivee au port, on se fait aborder par plein de petites barques a moteurs dans lesquelles sautent certains passagers, sans doute pour aller un peu plus loin. Tout ca se fait vraiment a la sauvage, de tous les cotes et meme par les fenetres de la salle des machines ! On debarque a notre tour et part a la decouverte d´Iquitos et ces environs… Au final on restera une dizaine de jours dans le coin a explorer differents endroits, mais je raconterai ca dans le prochain article car celui la est deja bien rempli !

On s´apprete a monter dans un petit bateau qui devrait nous emmener a Santa Clotilde via le rio Napo, puis on essayera de choper un autre bateau pour passer en Equateur.

Une petit jus de fruit et c´est reparti !

Bon vent

Photos :

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